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La pêche électrique : un danger pour les ressources marines et les pêcheurs ?

L’association Bloom a fermement dénoncé la pêche électrique. Elle la qualifie «d’extrêmement brutale» pour les écosystèmes et l’estime destructrice d’emplois pour les pêcheurs. Une affirmation invérifiable.

À l’initiative d’une grève des pêcheurs à Boulogne-sur-Mer, le 18 juin 2018, Bloom, association pour la préservation des fonds marins, a martelé que « la pêche électrique détruit fonds marins et emplois». Néanmoins le Conseil International pour l’Exploration de la Mer (CIEM), dans son rapport du 19 avril 2018, ne permet ni d’affirmer ni d’infirmer cette citation. Selon lui «des inquiétudes ont été émises […] sur la gestion soutenable des poissons benthiques, notamment les soles».

Avec le niveau de connaissance actuel, démontrer un lien de cause à effet entre cette pratique de pêche au chalut et un tarissement des ressources marines est impossible.

Une pratique interdite puis réhabilitée

Interdite en Europe depuis 1998, elle a été autorisée de nouveau, mais partiellement en 2006 : chaque État-membre a pu, à des fins d’expérimentations scientifiques, la réintroduire à hauteur de 5% de sa flotte. Centre de recherche rattaché à la Commission Européenne, le comité scientifique et technique pour la pêche (CSTP) a émis quelques réserves le 10 novembre 2006. En l’absence d’informations suffisantes, «il faudrait continuer les expériences avant de généraliser cette pratique.»

Les Pays-Bas ont largement outrepassé le caractère de simple « expérimentation scientifique» permise par Bruxelles. Selon l’université de Wageningen, la flotte hollandaise déploie 84 unités électrifiées, au-delà de la quinzaine de bateaux permise par le quota initialement prévu de 5%. Sans réaction de la part de la Commission.

Dans le même temps, le manque d’études quant aux impacts de la pêche électrique incite le CIEM à beaucoup de prudence. Olivier Le Pape, chercheur universitaire à l’Agro Campus Ouest, déplore lui aussi ces lacunes. D’autant que «le principe de précaution n’a pas été respecté», insiste-t-il.

 

Des études, certes, mais parcellaires

En juin 2018, L’institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) a publié une note de décryptage sur l’impact de la pêche électrique. L’établissement public arrive aux mêmes conclusions. «Nous ne connaissons pas suffisamment les conséquences à moyen-long terme des impulsions électriques sur des phases critiques du cycle de vie des poissons, notamment la reproduction […] et le développement embryon-larvaire (œufs et larves), ces deux phases étant cruciales pour les renouvellements de populations.»

Si des études ont bien été menées, aucune ne s’intéresse aux écosystèmes marins dans leur globalité. Rien ne permet de savoir comment cette technique influe sur les ressources alimentaires des poissons comme la sole, composées de zooplancton, de vers, de mollusques et de crustacés.

 

Fin des chasses gardées

«Jusqu’en 2014, on [les pêcheurs] débarquait du 1er janvier au 30 mai 500 à 600 tonnes de soles à Boulogne, contre 192 tonnes sur la même période cette année [2018]. Cette dégringolade a conduit à la mise à la casse de 7 bateaux de fileyeurs des Hauts-de-France fin 2017 », a récemment déclaré Stéphane Pinto, vice-président du comité régional des pêches de Hauts-de-France.

Pourquoi cette chute brutale ? D’après une étude de l’université de Wageningen en 2016, l’effort de pêche des bateaux de la flotte batave se concentre davantage vers les côtes anglaises, belges et hollandaises. Ces zones où le fond marin est boueux ne permettaient pas une exploitation avec des chaluts traditionnels, trop lourds. Les chaluts de pêche électriques, plus légers, peuvent exploiter ces zones. Cela crée une concurrence locale plus forte sur la sole, et peut être aussi, sur les emplois de la petite pêcherie. Sans certitude toutefois.

O.Audibert, M.Bondon, A.Dumaine, R.Haillard, T.Hermans, C.Murhula, P.Neybourger.

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