Derrière les faits

Une partie de pêche sous tension

C’est grâce à une présentation de l’association Bloom que l’idée d’article a émergé. ©DR/Pixabay

Les tribulations scientifiques propulsées au rang de journaliste. Une expérience où se croisent le recoupement des sources et la preuve scientifique. Alexandre Dumaine partage ses doutes.

Acte 1 : Là où tout commence

L’histoire est belle. Le 16 novembre dernier [2018], j’assiste à la présentation de Bloom par son directeur scientifique, Mr Frédéric Le Manach, concernant les dangers de la pêche électrique. Touché par la conviction qu’il met dans ses propos et l’énergie que cette association dégage, je décide de réinvestir ce combat et d’en faire un sujet pour le Fakathon.

L’idée est simple : Mr Le Manach a raison, à moi d’enfoncer le clou et de fact-checker ce qui m’apparaît alors comme une vérité inébranlable : la pêche électrique détruit les ressources marines.

C’est donc naturellement que cette enquête démarre avec Mr Le Manach, qui m’avait inspiré ce sujet.

Acte 2: Passées les certitudes, viennent les questions

Faisant miennes les méthodes journalistiques, je décide de croiser les sources et faire appel à des expertises indépendantes. Je fais d’abord quelques recherches sur le site de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) avant de contacter directement Olivier le Pape, chercheur à Agro Campus Ouest et spécialiste des questions relatives à la préservation des ressources halieutiques. Ce dernier est formel : le principe de précaution n’a pas été respecté. Des études fondamentales manquent pour s’assurer de l’innocuité sur le renouvellement des espèces. La dangerosité affirmée de la pêche électrique n’est donc plus si certaine. Le mystère s’épaissit.

Acte 3: Ce que je sais c’est que je ne sais rien

Comment y voir plus clair ? Je décide de me plonger dans la littérature scientifique. Les publications scientifiques relatives à la pêche électrique convergent vers un acteur particulier : l’université de Wageningen dont la production de documents relatifs à la pêche électrique est dense. Elle documente notamment l’impact direct des ondes électriques des filets sur les limandes, les soles, les morues et conclut à… une diminution de 50% de la consommation de fuel des chalutiers électriques face à leurs homologues à chalut de fond. L’incertitude s’installe, la pêche électrique serait-elle défendable ?

Soumettant l’état de mes recherches aux sociologues, ceux-ci font preuve de scepticisme et ne tardent pas à déconstruire, comme ils en ont l’habitude, mon raisonnement. En effet la sociologie tend à considérer la science comme un univers professionnel qui n’est pas hors du monde social et des logiques qui le caractérisent : rapport de forces, contraintes institutionnelles, controverses. Une vérité, aussi scientifique soit-elle, n’est toujours que le fruit de compromis et de rapports de forces potentiellement éphémères.

Mes certitudes fragilisées, je ne sais que conclure. L’angle d’approche pris par Olivier le Pape pousse au scepticisme vis-à-vis de la pêche électrique au même titre que lorsque l’Université de Wageningen se penche sur la pêche électrique via la question des pollutions maritimes, elle émet un avis positif sur cette pratique. La vérité scientifique n’est donc qu’un leurre ? Non, mais elle est située.

O.Audibert, M.Bondon, A.Dumaine, R.Haillard, T.Hermans, C.Murhula, P.Neybourger.

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